CULTES OSIRIENS À KARNAK - Rapport 2008

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LA CHAPELLE D’OSIRIS OUNNEFER NEB-DJEFAOU, LA VOIE « DE PTAH » ET LES CHAPELLES ADJACENTES

 

Date : 5 février - 10 mars 2008

Participants : Laurent Coulon (égyptologue Ifao / Univ. Lyon 2), Catherine Defernez (archéologue-céramologue, UMR 8152), Elsa Frangin (archéologue, Inrap), Laurent Vallières (topographe, Inrap), Soline Delcros (architecte), Hassan el-Amir (restaurateur, Ifao), Frédéric Payraudeau (égyptologue, Ifao), Khaled Zaza (dessinateur, Ifao).


La huitième campagne de fouilles et de restauration de la chapelle d’Osiris Ounnefer Neb-djefaou a eu lieu entre le 5 février et le 10 mars 2008, sous la direction de Laurent Coulon, en partenariat avec l’Ifao. Il s’agissait principalement d’une mission d’étude du matériel et de compléments de relevés.


 
    Vue générale de la chapelle d’Osiris Ounnefer Neb-djefaou.



Chapelle d’Osiris Ounnefer Neb-djefaou


Les fouilles menées cette année, d’ampleur limitée étant donné l’accent mis sur l’étude du matériel des années précédentes, ont visé à compléter le plan des murs de briques crues entourant la chapelle d’Osiris Ounnefer Neb-djefaou. Sur la façade sud-est de la chapelle, la poursuite des sondages entrepris en 2007, mis en connexion cette année avec le sondage est-ouest mené entre la voie de Ptah et la chapelle, a permis d’avoir une vision plus cohérente de la stratigraphie et de préciser le mode de fondation du mur encadrant la première porte du sanctuaire.
Un niveau mêlant des éclats de taille de grès à plusieurs éléments de démolition a aussi pu être fouillé ponctuellement et surtout observé sur une assez grande surface au sud-est du mur de téménos. Scellant très partiellement le parement oriental de ce dernier, cette couche semble pouvoir être associée à la phase de reconstruction de la chapelle qui a eu lieu entre la XXXe dynastie et l’époque ptolémaïque. Les fragments de céramique retrouvées mêlés en grande quantité à ce niveau semblant aussi confirmer la datation proposée. Cet horizon de rejets de démolition, plus épais aux abords du mur d’enceinte de la chapelle, semble se prolonger jusqu’à la voie de Ptah. L’observation d’un fort pendage pour cette couche semble aussi démontrer qu’aucune construction ou aménagement bâti n’a été installé entre la chapelle et la voie de Ptah auparavant, soit entre la XXVIe et la XXXe dynastie.
Deux pièces formées d’un sol et de mur périphériques en briques scellent toutefois ce niveau de déchets de reconstruction et pourraient ainsi avoir été installées au début de l’époque ptolémaïque entre la voie et la chapelle. Le relevé de ces constructions postérieures a été complété, mais la datation et la fonction de ces pièces adjacentes ne pourront être précisées que par une fouille plus fine des niveaux encore en place au devant du mur d’enceinte de la chapelle.
Trois fonds de foyers associés à une activité de travail du bronze, dont un aménagé avec une sole en briques, ont aussi été de nouveau dégagés sur le sommet d’une berme laissée en place après les fouilles du XIXe siècle au sud-est de la chapelle. Ces vestiges de structures de combustion recelaient de nombreuses pièces de monnaies et scories en bronze qui a fait supposer de leur vocation de refonte de monnaies probablement à associer à la fabrication de statuettes d’Osiris retrouvées dans le secteur lors de fouilles ponctuelles menées en 2003.


 
            Plan des murs saïtes enserrant la chapelle.
 


Le relevé brique à brique des murs entourant la chapelle a été poursuivi par S. Delcros et L. Vallières Le tracé des murs laisse supposer l’existence d’espaces de dimensions parfois très réduites dans la partie nord de l’édifice, peut-être des annexes de stockage. Le mur est-ouest limitant au nord la chapelle est perpendiculaire à un mur nord-sud, conservé lui aussi uniquement en arase, et qui délimite probablement le temenos de la chapelle d’Osiris Neb-ânkh / pa-ousheb-jad.
La publication du volume concernant l’épigraphie de la chapelle d’Osiris Ounnefer Neb-djefaou est en cours de préparation. Une restitution de la façade du naos a été finalisée à l’aide des relevés des blocs in situ ou replacés et des documents anciens.
 
Chapelle d’Osiris Neb-neheh


Le nettoyage de surface entrepris en 2007 a été poursuivi de manière très circonscrite et surtout dans la perspective de dégager les blocs pris dans la poussière et menacés directement d’arénisation. De nouveaux blocs de remplois ont été découverts. Le plus significatif est un fragment de linteau montrant la divine adoratrice [Ankhnesneferibrê] jouant des sistres devant [Amon] et suivie du grand intendant Padineith.


Bloc décoré réemployé à l’angle nord-est du mur de briques de la salle hypostyle de la chapelle d’Osiris Neb-neheh.


Vue partielle du bloc : la divine adoratrice jouant des sistres devant [Amon] et suivie du grand intendant Padineith (cl. J.-Fr. Gout).
 

L’accent a été mis sur la restauration des blocs retrouvés dans un état d’arénisation avancé. Parmi eux, un bloc très endommagé montrant Amon et Khonsou, appartenant à un linteau, très probablement celui du naos, a pu être consolidé et restauré. Par ailleurs, un fragment de la façade du naos comportant l’incipit de l’hymne à Osiris gravé sur le montant nord a pu être remis en place.
           
Bloc appartenant à un linteau de la chapelle,

après restauration (cl. J.-Fr. Gout).          

 

 

               

Montant nord de la façade du naos, après
nettoyage et replacement d’un bloc épars.
 

 


Chapelle d’Osiris Neb ânkh / pa ousheb jad


Après le remontage de la chapelle lors de la saison précédente, la restauration a été poursuivie. L’équipe d’A. Oboussier (et Alice Wallon, VI) est intervenue pour un nettoyage des parois afin de mettre en évidence et de conserver les peintures sur la décoration de l’édifice. Les premiers résultats ont été très concluants et le nettoyage, une fois finalisé, permettra de compléter la documentation épigraphique du monument. Le relevé épigraphique des remplois trouvés lors du démontage de la chapelle en 2007 a été effectué par Kh. Zaza et Fr. Payraudeau en vue de leur publication prochaine.

Le bâtiment en briques crues à l’ouest de la chapelle : étude céramologique (C. Defernez)


Le mobilier céramique extrait des niveaux archéologiques identifiés lors du dégagement du vaste établissement en briques crues à l’arrière de la chapelle (secteur 3) a mis en avant plusieurs ensembles céramiques cohérents datables des XXVIe/XXVIIe-XXXe dynasties. Ainsi, les remblais postérieurs aux ultimes occupations du bâtiment, repérées lors des saisons précédentes, ont livré un matériel dense, à fort indice de fragmentation, dont le répertoire varié comporte des éléments nettement datables des Ve et IVe siècles av. n.è. ; parmi les formes étudiées figurent quelques importations méditerranéennes ou productions issues des territoires limitrophes (fragments de conteneurs d’origine chypro-phénicienne et vaisselles d’origine égéenne).
Outre l’étude de ces assemblages, un examen des lots importants provenant des excavations profondes identifiées dans la zone concernée a été entrepris. Les résultats obtenus à l’issue de l’analyse procurent un terminus post-quem dans le courant de l’époque ptolémaïque pour le démantèlement de la partie méridionale du bâtiment. Les éléments les plus significatifs de la période impliquée, souvent sous forme fragmentaire, sont des conteneurs égyptiens en argile brune, caractérisés par un haut col à réseau de stries et une base tronconique, des vaisselles de tradition hellénique (coupes, coupelles convexes ou à carène à pâte rouge ou noire) et des vases à décor floral ou végétal peint en noir ; quelques rares importations de la sphère égéenne ont pu être déterminées.
L’examen approfondi du mobilier céramique issu des niveaux dégagés dans le secteur du parvis de la chapelle (secteur 5) s’est poursuivi mais n’a pu être achevé dans son intégralité. Parmi les assemblages étudiés, nombre d’entre eux se sont démarqués par une hétérogénéité importante qui participe vraisemblablement des anciennes investigations menées dans le secteur. Des éléments ptolémaïques, romains et coptes figurent en nombre notable.


LE TEMPLE D’OSIRIS COPTITE

 

Date : 1 décembre 2007 - 31 janvier 2008.

Participants : Fr. Leclère (archéologue), Laetitia Gallet (égyptologue, épigraphiste), Soline Delcros (étudiante en architecture à l’École d’architecture de Strasbourg), Juliette Fayein (restauratrice), Lorraine Mehl et Nadia Licitra (étudiantes en égyptologie, Univ. Paris IV-Sorbonne), Attayeb Gharib Mahmoud, Salah Al-Masekh, Wafa Gomaa, May El-Hosseini (inspecteurs et inspectrices des temples de Karnak, archéologues du CSA).


La deuxième campagne d’étude du temple d’Osiris coptite, dans le quartier nord-est du téménos d’Amon à Karnak s’est déroulée du 1er décembre 2007 au 31 janvier 2008 sous la direction de François Leclère  .
Le projet de recherche sur les chapelles osiriennes du secteur nord-est du temple d’Amon à Karnak fait suite à une dizaine de campagnes de travaux, dans le cadre du CFEETK, sur le « Tombeau d’Osiris », un ensemble de monuments constituant un cimetière factice où l’on inhumait annuellement des simulacres représentant le dieu Osiris momiforme, fabriquées rituellement lors de fêtes spécifiques. Il a pour objet d’assurer la fouille, la documentation, l’étude et, dans un second temps, la restauration et la mise en valeur d’une série de chapelles de grès disposées à ses abords, et s’intègre à un programme plus vaste du Centre portant sur les cultes osiriens à Karnak au Ier millénaire av. J.-C.
Le programme de la campagne 2007-2008 consistait notamment à compléter le plan des parties en grès et en briques de l’édifice, de réaliser au moins une partie des coupes et élévations architecturales, le relevé épigraphique et photographique des inscriptions, encore en place, de Ptolémée XII et de Tibère, dans la pièce principale axiale et sur les montants de sa porte d’accès. Il s’agissait aussi de poursuivre l’exploration du sous-sol de la cour du temple –notamment une grande fosse perçant la partie nord de l’espace, ainsi que la tranchée de fondation de la base des montants de la grande porte d’accès, mises en évidence dans un sondage préliminaire central– mais aussi de poursuivre les nettoyages de surface aux abords de l’édifice, notamment à l’est et à l’ouest, pour mieux comprendre le contexte d’implantation de la construction au nord du parvis du Temple de l’Est, entre les deux enceintes successives d’Amon, et de mieux caractériser les importantes structures de briques crues, présentes avant la construction du sanctuaire, détectées lors de la première saison.
 


  Vue générale du temple d’Osiris coptite depuis le nord-ouest.


Fouille archéologique


Dans la cour du temple, le nettoyage intégral de la fosse nord a montré, comme le laissait supposer le sondage entrepris lors de la première saison, qu’elle a été creusée dans une maçonnerie massive de briques crues, antérieure au temple, et dont l’aménagement complexe n’a pu encore être reconnu en détail et nécessitera un ré-examen précis. Dans les parties des fondations en pierre des murs de la cour rendues visibles par le dégagement, un seul remploi supplémentaire a pu être mis en évidence, à l’extrémité ouest de la paroi nord de la cour ; il comporte une partie du cartouche d’Aménirdis Ire dans une colonne de texte. Par ailleurs, la fosse de fondation de la porte principale du sanctuaire, comblée de briques dans la partie inférieure et de remblais hétérogènes dans la partie supérieure, a livré notamment la base d’un montant de porte inscrit au nom de Chabaka.
La muraille en briques de façade du temple, partiellement reconnue en 2007, a pu être en partie étudiée. Les travaux ont consisté à nettoyer la surface conservée de l’extrémité orientale de la muraille et à la dégager au moins partiellement des épais remblais en pente résultant des fouilles anciennes et de l’érosion récente de la grande enceinte. Comme nous pouvions le supposer, ces dégagements nous ont permis de mettre en évidence, à proximité de la grande enceinte, les parements nord et sud bien conservés de ce mur, protégés de l’érosion récente par les remblais anciens et modernes, confirmant son épaisseur de 3,80 m supposée en 2006-2007 dans un secteur où le mur était beaucoup plus érodé. Certains indices suggèrent par ailleurs une possible réparation d’une partie de la façade, peut-être au début de l’époque romaine.
À l’est du temple, un large décapage a également permis de mettre en évidence l’existence d’un segment est-ouest d’un ancien et épais mur d’enceinte pourvu au nord d’une sorte de bastion. Les résultats obtenus du côté ouest ont confirmé que cette muraille, dont le temple d’Osiris coptite surmonte l’arasement, est antérieure à la XXIe dynastie, et remonte ainsi probablement au Nouvel Empire, mais son articulation avec l’ancienne enceinte du grand temple d’Amon –qu’une étude récente (Fr. Leclère) semble pouvoir faire remonter à la fin de la XVIIIe dynastie (Amenhotep III / Horemheb) plutôt qu’au règne de Thoutmosis III– reste encore obscure. Ce nouveau tronçon de muraille bastionnée pourrait éventuellement correspondre à une partie du segment nord d’un enclos saillant entourant le parvis du temple de l’Est, voire les structures antérieures de la XVIIIe dynastie qui devaient se trouver auparavant à son emplacement.
D’autres décapages ont été réalisés au nord et à l’ouest du temple d’Osiris et plusieurs coupes ont été redressées et dessinées, permettant de préciser les modalités de construction du sanctuaire.

Relevé architectural


Le plan de l’édifice avait été en grande partie achevé lors de la précédente campagne, principalement pour ce qui concerne les maçonneries de pierre et l’enveloppe extérieure de briques crues. Il a été partiellement complété dans les secteurs fouillés lors de cette saison (tranchée de fondation des montants de la porte principale, fosse nord de la cour, fosse et radier de fondation de l’agrandissement du naos, etc.). Le mur de façade et les constructions de briques crues antérieures ont également été partiellement dessinés brique à brique.
Une partie importante des élévations des maçonneries de pierre a par ailleurs été relevée (Soline Delcros) mais ce travail devra être complété lors de la prochaine campagne.

                        

Vestiges du mur bastionné du Nouvel Empire arasé.
 


Relevé épigraphique


Les blocs de remplois encore en place dans la construction ainsi que les blocs épars mis au jour lors de la précédente campagne avaient été documentés (dessin, photographie). Le travail de vérification et de mise au propre est en cours. Cette année, les inscriptions en place de Ptolémée XII et de Tibère dans la pièce principale axiale du sanctuaire, entre la cour et le naos, ont été relevées et photographiées. La documentation des blocs épars découverts lors des deux campagnes et se rattachant à cet état de décor a également été précisée. La mise au propre de cette documentation et son analyse est en cours (Laetitia Gallet, Laurent Coulon).

Restauration


Un large programme de consolidation de plus d’une vingtaine de blocs épars mis au jour lors des deux campagnes a été mis en œuvre. Quelques compléments ont également été apportés à la restauration, entreprise lors de la précédente campagne, du bloc de granit provenant de la chapelle de barque de Thoutmosis III et remployée comme seuil de la porte principale du temple, de même que celle des stèles d’Amenhotep II et de Taharqa mises au jour l’année passée. Plusieurs autres objets trouvés cette année ont également fait l’objet de consolidation et de restauration : monnaies de bronze, têtes de cobra en faïence, modèle de corniche.

Formation


Comme l’an passé, le chantier a été l’occasion d’une opération de formation franco-égyptienne aux techniques de l’archéologie de terrain (procédure de fouilles, topographie, relevé architectural et archéologique, épigraphie, enregistrement des données, tri de la céramique, etc.), qui s’est adressée à deux étudiants en Master II et en thèse à l’université de Paris IV et à quatre jeunes inspecteurs et inspectrices égyptiens du Conseil suprême des antiquités de l’Égypte.
 





Dernière mise à jour : 10-05-2014
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